Elhadj Thierno Muhammad Aliou Barry est un homme de savoirs islamiques de notre ère qui s’est distingué par le nombre d’œuvres manuscrites qu’il a léguées à la communauté.
Savant discret mais influent, il a consacré sa vie à l’étude, à l’enseignement et à la transmission du savoir religieux et culturel. Ses manuscrits, couvrant divers domaines allant de la théologie à la jurisprudence, en passant par l’histoire et la spiritualité, constituent aujourd’hui un patrimoine précieux pour les générations présentes et futures.
À travers son héritage, il demeure une figure incontournable de la préservation du savoir islamique en Afrique de l’Ouest, même si son nom reste encore peu connu du grand public.
Vie de l’homme
Elhadj Muhammad Aliou Bassara fils de « Salli » (muezzin) Haadi, fils de Cheikh Ousmane, fils de Cheikh Issa (fondateur de Bassara, Koubia) est un contemporain de notre génération très discret dans sa vie mais avec un héritage considérablement riche en manuscrits.
Né vers les années 1920-1930 à Bassara, sous-préfecture de Fafaya dans la préfecture de Koubia au nord de la Guinée, Elhadj Thierno Muhammad Aliou Barry de son vrai nom est l’un des rares hommes de science de sa génération à avoir laissé autant de manuscrits principalement en prose arabe. Dès son jeune âge, Thierno Aliou a étudié le Coran et la jurisprudence auprès de son père avant de côtoyer Thierno Mansour de Bassara auprès duquel il a continué ses études.
Le sage homme avait un sobriquet « Jangi lanni » un terme peul qui se traduit littéralement par « celui qui a fini d’étudier » dans le sens qu’il n’y a rien à étudier qu’il n’a pas encore appris.
Œuvres
Décédé en 2012, Elhadj Aliou a laissé de nombreuses œuvres, celles auxquelles nous avons eu accès sont disponibles sur Defte Fouta et sont principalement en poésie arabe, ce sont entre autres :
كشف الأريان (Kashf al-‘Aryān)
Cette qasida qui se traduit littéralement par « le dévoilement du nu » est un texte qui parle d’abord des attributs d’Allah, le Créateur, il en fait ensuite des exhortations pour faire du bien et s’éloigner du mal.
Le texte en question n’est pas daté, on ne connait donc pas la date exacte de son écriture. Il comporte 123 vers (abyāt).
قصيدة بليغة ذات الأوامر والنواهي (Qasīdat Balīghatin Dhāti al-Awāmir wa an-Nawāhī)
Cette œuvre est un poème didactique et spirituel qui a pour objectif d’éduquer le croyant par un ensemble d’ordres (أوامر) et d’interdictions (نواهٍ). L’auteur utilise un style poétique éloquent (balīgh) pour rappeler les devoirs religieux et moraux essentiels dans l’islam. Composé de 40 vers (abyāt), le poème insiste notamment sur : la foi, la piété et le lien avec Allah ainsi que les relations sociales.
Par un style éloquent et spirituel, il appelle le croyant à la foi sincère, à la vertu, à la piété et à la préparation à l’au-delà. C’est une œuvre de guidance morale et spirituelle, représentative de la sagesse islamique du Fouta Djallon.
سبيل النجاة (Sabīl an-Najāh)
« La voie du Salut » ce riche poème de 125 vers (abyāt) est un poème mystique (qasîda soufie) en arabe classique, fortement teinté de spiritualité et de morale islamique. C’est un texte religieux et spirituel qui expose le chemin que doit suivre le croyant pour atteindre le salut de l’âme et la proximité d’Allah.
Le cheikh y développe plusieurs thèmes soufis majeurs : L’unicité divine et la louange d’Allah (التوحيد والمدح), les dangers de l’orgueil et de la vanité (الغرور والرياء), l’importance du savoir spirituel et de la guidance (العلم والهداية), l’appel à la purification intérieure (تزكية النفس), etc.
مطربّ اللحون في مدح لسيد العيون (Mutrib al-Luḥūn fī Madḥ Sayyid al-‘Uyūn)
Ce long et important manuscrit qui est l’une des plus importantes œuvres d’Elhadj Muhammad Aliou de 25 pages et d’une page de garde et composé de 625 vers (abyāt) est une takhmiis (تخميس), réalisée à partir d’un poème d’Elhadj Malik Sy fils de Cheik Ousmane du Sénégal qui parle d’éloges au prophète Muhammad (Paix et Salut sur Lui).
Ainsi, Elhadj Muhammad Aliou Bassara reprend le poème initial d’Elhadj Malik Sy et le développe avec sa propre inspiration, enrichissant le texte par des méditations, des louanges et des prières supplémentaires.
L’œuvre est une ode d’amour et de vénération au Prophète Muhammad (paix et salut sur lui). Elle s’inscrit dans la tradition soufie du madḥ an-nabawī (éloge prophétique), un genre de poésie religieuse très répandu en Afrique de l’Ouest musulmane.
Ce poème est à la fois un acte d’amour religieux et un exercice savant de style poétique. Il témoigne du haut niveau de maîtrise linguistique et spirituelle de son auteur.
نونية (Nuuniya)
Ce manuscrit est un acrostiche en arabe à partir du verset 34 de la sourate 34 – Luqman. إِنَّ اللَّهَ عِندَهُ عِلْمُ السَّاعَةِ وَيُنَزِّلُ الْغَيْثَ وَيَعْلَمُ مَا فِي الْأَرْحَامِ ۖ وَمَا تَدْرِي نَفْسٌ مَّاذَا تَكْسِبُ غَدًا ۖ وَمَا تَدْرِي نَفْسٌ بِأَيِّ أَرْضٍ تَمُوتُ ۚ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ
Le texte en question composé de 100 vers (abyāt) a été écrit par le Cheikh en l’an 1396 H ce qui correspond à l’année 1976 selon ce qu’il a indiqué dans les derniers vers de sa qasidat en disant :
ختمت النظم في يوم كريم موافق يوم ميلاد ثنان
بمعدود السنين عند هجرة بوضسش يوافق في السنين
« J’ai achevé ce poème un jour béni,
coïncidant avec un lundi d’anniversaire [du prophète]
Selon le décompte des années de l’Hégire,
en l’an 1396, correspondant aux années révolues. »
L’année hégirienne est indiquée dans la seconde partie du second vers par les lettres وضسش qui indiquent selon la numérotation arabe traditionnelle (abjad) : 1000 = ض (Ḍād), 300 = ش (Shīn), 90 = س (Ṣīn) et 6 = و (Wāw).
Conclusion
L’œuvre d’Elhadj Muhammad Aliou Bassara témoigne d’une érudition profonde… Son fonds manuscrit, conservé grâce à l’initiative de Defte Fouta, constitue un pan essentiel de la littérature islamique du Fouta Djallon.
L’édition critique et la traduction de ces textes sont désormais des objectifs prioritaires pour nourrir la connaissance et la foi dans la région et au-delà.
Auteur : Boubacar Mali Bah (Elhadj Boubacar Bah)